| Fermeture des maisons closes |
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Tous les bordels de la Drôme Provençale fermèrent en avril 1946 (extrait de "Les dames de petite vertu")
En province, la fermeture des maisons closes bouleversa la physionomie des lieux qu'elles avaient si longtemps occupés. En 1946 à Montélimar, après 113 années d'intense animation due exclusivement aux bordels du 19 et du 21 qui firent vivre à une certaine époque jusqu'à 30 personnes, la rue du Chemin-Neuf retrouva le visage serein qui était le sien à la Révolution. Mais peu à peu, cette petite artère se vida de son sang. Commerçants et artisans la désertèrent. Des familles entières déménagèrent. Désormais en 2007, la rue des passes n'est plus qu'une rue de passage, une rue morne, une rue de silence même en plein jour, une rue qui n'inspire rien. Aucune sensation ne vient troubler le promeneur qui ignore tout du passé de cet endroit. Aucun charme ne vient le troubler. Dans cette venelle, il ne voit qu'un alignement de façades sans fantaisie alors que l'historien ne peut y déambuler sans imaginer les croustillants épisodes qui s'y déroulèrenT. Chants des soldats, cris des ivrognes, bulles de champagne, bonheur des conscrits, hurlements des policiers, ronds de fumée, bagarres des clients, tout défile, tout respire encore, comme si le rideau venait juste de tomber sur le spectacle de ces nuits de violence, de vacarmes, de plaisir et de folie. Ici, tout ne fut pourtant pas que délices. Dans la rue du Chemin-Neuf aujourd'hui déserte planent toujours les fantômes froufroutants de ces belles filles au sourire douloureux d'avoir trop baigné dans la détresse d'un univers désespérement clos. Après avoir été scandaleusement exploitées parfois même jusqu'au-delà de la ménopause, les 5 000 galériennes du sexe qui se succédèrent dans les chambres du 19 et du 21 ont toutes laissé ici un peu de leur âme et de leurs souffrances au coin d'une porte, au rebord d'une fenêtre ou à la surface d'un trottoir. Fragiles et tenaces à la fois, les silhouettes de Pipette, de Sahara, de l'Arlaise, de Margot, de Blondinette, de Casque d'or et de toutes les autres dames de petite vertu glissent encore ici sous les porches délabrés, sur les pavés enfouis et dans la mémoire de quelques respectables vieillards du voisinage. Vénérées jadis comme des idoles de la débauche, les filles de maisons closes et leurs consoeurs de misère, les prostituées clandestines, apparaissent toutes aujourd'hui comme de pauvres victimes mais aussi et surtout comme des exemples de courage et de dignité. Puisse l'enfer de leur vie donner aux hommes une durable leçon. |