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La fin d'une légende
En décembre 1858, le très cartésien Maximin Lacombe voulut tordre le cou à la légende des nonnes pécheresses qui enflammèrent leur couvent par leur débauche et leur luxure. La nuit de Noël venue, il quitta le vieux Montélimar par la porte d'Aygu, emprunta la route de Châteauneuf-du-Rhône et gagna le lac de Gournier où l'attendaient plusieurs témoins tremblant plus de peur que de froid.
Chacun se posta autour du lac quand tout à coup un son faible et prolongé sembla sortir des entrailles des eaux. Certains reculèrent de frayeur mais, nullement épouvanté et même grisé par l'excitation, Lacombe, au risque de se rompre le cou, escalada dans l'obscurité la plus totale l'éolienne construite au nord-est du lac.
Là-haut, prêtant une oreille attentive, il s'aperçut que le son mystérieux n'émanait pas des eaux mais provenait des cloches des églises de Montélimar. Porté par le vent, il venait se briser contre la grosse butte de terre située au sud du lac avant de mourir à la surface des eaux dans un faible écho.
Ce premier mystère résolu, Lacombe s'attaqua le lendemain matin au second, à savoir l'étrange présence de ce lac au milieu des terres. Il n'eut pas à forcer bien longtemps ses doctes méninges pour trouver une explication plausible.
Par une légère faille, l'eau du Rhône tout proche s'infiltrait des berges vers les champs et remplissait régulièrement ce gros bassin sis en contrebas du lit du fleuve. D'ailleurs, preuve que Lacombe avait raison, à chaque crue, le niveau du lac montait pour se trouver toujours au niveau du Rhône. Désormais, il n'y avait donc plus de mystère autour du lac de Gournier.
Avec arrogance, Lacombe présenta sa démonstration comme le triomphe du progrès sur l'ignorance. Peut être ... mais beaucoup préférèrent malgré tout conserver la légende intacte dans leur mémoire.
Pour les hommes comme pour les enfants, il est parfois si bon de croire encore aux fées, au père Noël et ... au nonnes pécheresses.
Extrait de "Dans l'ombre des soutanes"
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